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La «scène» des hackers (2) Le martyr Kevin Mitnick, Pirate de légende Admiré par les hackers du monde entier, il croupit en cellule, à Los Angeles, depuis février 1995. Le 20 juillet 1999 |
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Morris, premier C'est l'une des premières victimes de la loi américaine de 1986 sur la criminalité informatique. En 1988, Robert Morris, étudiant à l'université de Cornell (Etat de New York) et fils d'un ponte de la NSA (National Security Agency), est un hacker pur. Passionné de programmation, il bricole un virus informatique de type «vers». En théorie, ce virus doit se propager tout seul, se dupliquer d'ordinateur en ordinateur, sans causer de dommages. Le 2 novembre, il le lâche sur le réseau. En l'espace de quelques jours, ce sont de 10 à 15 % des 60 000 ordinateurs connectés à l'Internet qui sont infectés, et une bonne part tombe en carafe, effet secondaire imprévu. Les machines de la Nasa et de l'armée n'échapperont pas au fléau. Considéré comme responsable des centaines de milliers de dollars de dégâts, Morris sera condamné en 1990 à trois ans de mise à l'épreuve, 400 heures de travaux d'intérêt général et 10 000 dollars d'amende.
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Los Angeles correspondance
«Délit de curiosité». «Le gouvernement américain veut faire de Mitnick un exemple: il est un bouc émissaire», affirme Brian Martin alias «Jericho», l'un des hackers les plus actifs dans le mouvement de soutien au pirate. Voilà quatre ans et demi que Mitnick croupit en détention: presque deux ans pour possession d'appareils interdits et deux ans dans l'attente d'un procès pour effraction informatique. En mars, il a négocié avec la justice américaine une réduction des charges retenues contre lui, plaidant coupable envers cinq délits, ce qui lui coûtera encore un an derrière les barreaux et bien des soucis: le 26 juillet, Mitnick pourrait être condamné à verser jusqu'à 1,5 million de dollars de dédommagement. Un crime que les supporters de Mitnick surnomment «délit de curiosité»: il est entré par effraction dans les ordinateurs mais rien n'indique qu'il a détruit ou vendu des informations, note le site KevinMitnick.com.
Peu rancunier. «Je n'avais jamais vu des hackers s'organiser de cette façon avant la cause Mitnick», dit Doug Thomas. Cet ancien hacker, devenu professeur et chroniqueur pour les sites WiredNews et Online Journalism Review, est le seul, avec le journaliste Adam Penenberg, de Forbes, à s'entretenir avec Mitnick au téléphone, le pirate n'ayant droit qu'aux visites de son avocat. Décrit comme peu rancunier et doté d'humour, le pirate ne comprend pas toute cette agitation. En septembre, quand des hackers ont piraté le site du New York Times pour insulter le journaliste John Markoff, auteur de Takedown, Mitnick n'a pas apprécié. Il a dit à Doug Thomas avoir appris la nouvelle à la radio: «C'était du genre: "Le journal a été piraté en soutien au cyberterroriste Kevin Mitnick, dont les actes ont causé des millions de dollars de dommages, etc." Il s'est dit: "Mon Dieu, comme si j'avais besoin de cela!"» Sans la mauvaise presse, estiment les hackers, Mitnick n'en serait pas là: «Les autorités ne s'intéressaient pas à lui avant que Markoff dise à la une du New York Times qu'il était malveillant, qu'il avait infiltré les ordinateurs de Norad (centre de commande qui assure la défense du continent nord-américain, ndlr) et autres mensonges», dit Brian Martin. «En écrivant ensuite que les forces de l'ordre étaient stupides, car incapables d'arrêter Mitnick, il les a incitées à réagir.» Doug Thomas précise que de grosses erreurs nourrissent le mythe Mitnick, notamment celle du piratage de Norad, qui aurait inspiré le film War Games. Mitnick a nié, un porte-parole du centre de commande aussi et, confronté sur ce point, Markoff a avoué n'avoir jamais vérifié l'information passée par «un ami de Mitnick». Mais Mitnick en veut avant tout à Markoff d'avoir écrit qu'il avait volé de l'argent à sa mère, une serveuse de Las Vegas, pour payer les chambres de motels d'où il opérait: «Cette fable lui fait bien plus de mal que toutes les autres», assure Thomas. Mitnick reconnaît avoir passé la plus grande partie de sa vie en «intrus des réseaux». Ses premiers ennuis avec la loi remontent à l'âge de 17 ans, pour vol de manuels informatiques. Sept ans plus tard, en 1988, le FBI l'épingle pour pillage de logiciels. «Il estime que sa peine aujourd'hui est disproportionnée», dit Thomas. Dans les trois années qui suivront sa sortie de prison, il n'aura pas le droit de toucher un ordinateur ou un téléphone cellulaire. «Avec cette affaire, le gouvernement a voulu envoyer un message à tous les hackers, dit Brian Martin, mais elle a surtout contribué à nous diaboliser tous.». |
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